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La ville de Mayenne à travers le temps            

Mayenne semble trouver son origine quelques 1 500 mètres en amont de son emplacement actuel, à l'endroit précis où la voie romaine de Jublains à Avranches franchissait la Mayenne au gué de Saint-Léonard.
Une petite agglomération se serait constituée à proximité, plus précisément au lieu-dit "La Grange".

Un gué plus praticable ayant été découvert plus en aval, le nom "Medoena Castrum" apparaît pour la première fois sur une monnaie mérovingienne du VIIè siècle trouvée à Aron, pour désigner le lieu fortifié qui s'élève alors sur la rive droite de la Mayenne, assorti d'une petite église Sainte-Anne.

L'ensemble est complété sur la rive gauche par un ermitage fondé en 850 par Saint-Aldric, évêque du Mans et de tous temps dédié à Saint-Martin, archevêque de Tours et évantgélisateur de la région.

En raison de l'insécurité qui suivit le règne de Charlemagne, et notamment des fréquentes incursions des Normands et des Bretons, le modeste châtelet de bois des origines fut remplacé par un fort carolingien qui prit une grande valeur stratégique. Au début du XIème siècle, Foulques Nerra, compte d'Anjou et suzerain du lieu, inféodait la baronnie déjà importante de Mayenne à Hamon de Mayenne, tige de la famille des Juhel, premiers seigneurs de Mayenne.

C'était alors une place si forte que Guillaume le Conquérant, lui-même ne pu s'en saisir en 1063 qu'à la faveur d'une ruse "de Normand".

Les travaux d'agrandissement de la forteresse furent poursuivis par les Juhels jusqu'au début du XIIIème siècle, et essentiellement par Juhel II, baron de 1124 à1161, père de 6 fils, qui donna à notre ville ses armes figuratives : "six écus a, mais pas un sol".

 
Ecusson de la Ville de Mayenne
 

La ville et le château de Mayenne devaient connaître, avec la guerre de Cent ans, des heures mouvementées. Les anglais l'occupèrent une première fois de 1361 à 1364 et une seconde fois de 1425 à 1448.

En 1481, la mort de Charles II d'Anjou, comte du Maine, permis à Louis XI de rattacher le Maine au domaine royal, tandis que la ville échut au duc René II de Lorraine.
A sa mort en 1508, la branche cadette des célèbres ducs de Guise hérita de la baronnie de Mayenne et la fit ériger en marquisat en 1544, puis en Duché en 1573, en faveur de Charles, le célèbre adversaire d'Henri IV, le chef de la Sainte Ligue, que l'histoire connaît d'ailleurs sous le nom de Duc de Mayenne.

Les désordres des guerres de religion obligea la ville à fortifier ses accès pour suppléer aux remparts qui ne furent jamais construits, ce qui n'empêcha pas les déprédations des Protestants en particulier à l'église Notre-Dame. Si bien que les troupes de la Ligue se saisirent du château à deux reprises, en avril 1590 et en juin-juillet 1592.

Le 29 juillet, Henri IV envoie le prince de Conti devant la cité, qui se rend "avec les honneurs de la guerre" le 14 août. C'est au cours de ce siège que le château fut en grande partie démantelé par l'artillerie royale.

Après tous ces changements de main, Mayenne va enfin pouvoir panser ses blessures dans la paix religieuse rétablie. A la mort du célèbre Mayenne, en 1611, son fils Henri devient le 2ème Duc de Mayenne mais meurt en 1621 sans laisser de descendants. Le duché passa alors par sa soeur à une autre grande famille, les Gonzague, ducs de Mantoue et de Nevers.

Sous leur influence, notre cité devait prendre parti pour la Fronde sans subir, il est vrai, de troubles sérieux. Enfin, en 1654, le tout puissant Cardinal Mazarin, redevenu Premier Ministre, achète Mayenne à son duc, Charle IV de Gonzague, mettant ainsi un terme définitif au rôle militaire de son château, réduit à être désormais la résidence très épisodique de ses seigneurs.

Le cardinal Mazarin
 

Le premier soin de Mazarin fut d'envoyer à Mayenne son intendant, Colbert, qui y séjourna longuement en 1656 et décrit à son arrivée notre ville en termes peu flatteurs "la ville est très sale et très vilaine, le peuple méchant".

Sans délai, Colbert déploie l'intelligence et l'inlassable activité qui devait faire sa gloire. Il fait entreprendre de grands travaux d'assainissement et d'urbanisme (assèchement des deux étangs de Beaudais, construction du château des Buttes, connu sous le nom de "Grand Logis" pour servir de résidence aux ducs à la place du vieux château fort trop délabré et inconfortable).

Il dote Mayenne d'une municipalité et d'une Barre Ducale siégeant au "Palais" qui est maintenant notre Hôtel de Ville. De plus, les nouveaux offices créés vont contribuer au rayonnement et à l'essor de notre ville en y fixant toute une serie de familles de noblesse de robe et de bourgeoisie qui se firent construire, au cours des XVIIème et XVIIIème siècles, l'ensemble d'hôtels particuliers qui encadrent les places Haute et Basse du Palais (de nos jours places Cheverus et Louis de Hercé)

Durant 130 ans, notre cité va connaître le calme et une prospérité basée sur le tissage et le négoce des toiles de lin cultivés dans tout le Bassin Maine. Par contre, nos ducs résidant à la Cour vont se faire de plus en plus rares sur leur fief. Après la famille Mazarin-La Meilleraye, la seigneurie de Mayenne va changer de famille à chaque génération par alliance : Durfort en 1735, d'Aumont en 1747, Grimaldi de Monaco en 1777. C'est ainsi que de nos jours, le prince Rainier III de Monaco porte toujours le titre féodal de Duc de Mayenne.

Au crépuscule de l'ancien régime, Mayenne était une cité considérable, presqu'autant que Laval, peuplée d'après le chanoine Le Paige, de 9 900 communiants (soit près de 12 000 habitants). A n'en pas douter elle aurait paru au touriste contemporain une bien pittoresque agglomération avec l'engagement de ses toits à poivrières descendant juqu'à la rivière bordée de vieux moulin à roues et dominée par les remparts encore imposants de son vieux château et les rochers de ses deux paroisses et des chapelles de deux importants monastères : celui des Calvairiennes (actuel lycée Sévigné) et celui des Capucins, futur couvent de la Visitation.

La révolution fut d'abord bien accueillie par la majorité de la Bourgeoisie Mayennaise. Quand la constituante eût créé les départements en 1790, Mayenne veut faire valoir sa proximité de Paris et son rang d'antique duché pour devenir le chef-lieu du nouveau département et c'est une véritable émeute qui tenta de s'opposer au passage du drapeau tricolore que l'Assemblée envoyait à Laval.

L'adoption de la constitution civile du Clergé va mettre le feu aux poudres : le clergé de Saint-Martin ayant prêté le serment le 20 février 1791, tous ses paroissiens vont désormais suivre les offices de Notre-Dame. Les Capucins si dévoués et les pieuses Calvairiennes très populaires, sont dispersés par la force, puis ce sont les prêtres insermentés qui, à leur tour, sont déportés ou réduits à la clandestinité et les églises fermées.

La révolte populaire éclate pour la première fois le 1er mars 1793. Alexandre Billard de Vaux, à la tête de 600 "gars" décidés, tente un coup de main sur Mayenne.

La répression fut brutale : notre ville est livrée à un comité de surveillance révolutionnaire qui, sous l'impulsion d'Esnue-Lavallée, fait régner une terreur sanguinaire, remplit les prisons et pourvoit la guillotine installée place de L'égalité (actuelle place de Cheverus).

La "Grande Armée" des Vendéens, en route pour Granville, ne fit que passer les 2 et 3 novembre 1793 à nouveau le 25 novembre. Par contre, dans les campagnes environnantes, l'insurrection générale va se poursuivre 7 ans et la première république ne pourra venir à bout de la guérilla, souvent défaite, jamais détruite, que lui mènent les paysans révoltés sous le nom de "Chouannerie".

Ce n'est qu'en rappelant les "bons prêtres", en rouvrant les églises et en promettant l'amnistie et la liberté de conscience que le Consultat vint à bout des insurgés en 1800 et réalisa la pacification définitive du pays.

La restauration qui mettait fin aux longues guerres étrangères, fut accueillie dans l'enthousiasme général et l'influence de notre plus illustre concitoyen, le bon Cardinal de Cheverus, ne fut pas étrangère à la fidélité légitimiste de notre cité.
Mayenne ne va plus connaître désormais d'histoire particulière autre que celle de notre pays. Si la proclamation de la monarchie de juillet fut encore en 1830 marquée d'une émeute, l'avènement de la IIème république fut salué des voeux de la grande majorité de la population et le 9 avril 1848, c'est le curé-archiprêtre de Notre-Dame qui bénit l'arbre de la liberté.

Le IIème Empire modifie profondément l'aspect de la ville par les grands travaux qu'il effectua : la ligne de chemin de fer Laval-Caen est inaugurée le 6 novembre 1866, la Mayenne canalisée entre ses quais de granit, enfin le vieux pont en dos d'âne du XIIème siècle remplacé par trois ponts modernes

Notre cité qui n'avait pas revu depuis 150 ans les tourments de la guerre subit le 9 juin 1944 un terrifiant bombardement aérien qui coûta la vie à plus de 400 habitants et détruisit la majeure partie du faubourg Saint-Martin. Elle fut une dernière fois transformée en champs de bataille lors des combats de la Libération du 6 au 13 Août 1944 : en se sacrifiant pour empêcher le dernier pont de sauter, le soldat américain, J.D. Mac Racken permit aux blindés du Général Patton de poursuivre les Allemands.

Mayenne s'est attachée depuis à relever ses ruines et à poursuivre son industrialisation et la construction de logements qu'elle implique.
Aujourd'hui, Mayenne est devenue la ville accueillante que vous connaissez et est résolument tournée vers son avenir.

Yves Floch
Membre de l'office de tourisme du Pays de Mayenne

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